Janvier, février, les fondations d'une belle année 2013

Publié le 6 Mars 2013

                                                                                                          Collectif audiovisuel

clap 1 2013

A La Sierra Prod, le début d’une année marque toujours la fin d’un chapitre du « Temps du chantier. Des mémoires en construction ». En janvier 2013  est venu le temps des finitions du 4e chapitre (année 2012).

Cette année une nouvelle chef monteuse, adhérente du collectif audiovisuel,  prend les rênes du montage et les apprenties réalisatrices (que des filles… les hommes du collectif audiovisuel sont tous techniciens) défilent tour à tour dans sa salle. Chacune a pris en charge des séquences. Il faut désormais construire toutes ensemble le film. On visionne, on fait des choix, on se questionne, on essaie, on recommence, on visionne à nouveau, on « enrage » d’être obligé d’abandonner des séquences, on recommence…

Ce montage n’est pas facile. Avant les tournages, nous avions une ligne directrice : la parole des jeunes. Mais il s’est passé beaucoup de péripéties en 2012 sur le quartier… Les chantiers se sont multipliés : la construction d’une école provisoire avec son problème d’eau potable le jour de la rentrée ; le déménagement du CMP avec la destruction des anciens locaux ; les logements qui grimpent à vue d’œil ; la brasserie qui tente d’exister ;  le centre d’animation, dernier naufragé sur le mail Binet ; le nouveau centre social tout juste sorti de terre … Et, partout des palissades, dessinant un labyrinthe, emprisonnant  le piéton…

La question première : comment va-t-on réunir toutes ces situations et tous ces visages ? Comment faire converger les points de vue de chaque réalisateur participant au film ?

Les gens de la tour Montmartre, les équipes du CMP, le patron de la brasserie, les élèves de l’école, les jeunes sur le mail Binet… Confrontés au nouveau quartier qui maintenant se donne à voir,  les habitants plongent dans l’inquiétude comme si d’un seul coup tout allait trop vite. Aujourd’hui le quartier qui change n’est plus une lointaine projection, c’est une réalité au quotidien. Autour de cette idée, peu à peu, le montage se file, trouve son unité.

Rendez-vous le jeudi 28 mars à 20h pour découvrir le résultat. Une invitation a dû même précéder ce texte.

Pendant le montage, l’équipe de réalisation attaque la réflexion du cinquième film. (voir compte rendu réunion)

Nous sommes ravis d’accueillir trois nouvelles réalisatrices (encore des filles…) qui désirent rejoindre l’aventure. Leur présence apporte un regard neuf qui va à coup sûr faire progresser le collectif. On le sait déjà, le prochain film sera dense. Il faudra que l’esprit collectif et l’organisation des différentes étapes de fabrication soient encore plus rigoureux … 

Pour intégrer les nouveaux, rien de tel que des stages techniques son et image ! Ils s’immergent dans l’équipe, rencontrent les professionnels et les anciens apprentis,s’accaparent les notions techniques (voir les textes: stage son et post-production).

Parallèlement, les nouveaux rencontrent les habitants et se familiarisent avec le quartier. Ils ont hâte d’assister à la projection du film pour se plonger dans l’ambiance, reconnaître des visages du quartier.

Ce sera la dernière projection dans le beau gymnase du centre d’animation, bientôt démoli… Puis viendra la tour du 32 avenue de la Porte Montmartre dans lequel nous avons installé nos locaux depuis trois ans… Préparant cette projection, la nostalgie s’empare des membres du collectif audiovisuel : les années défilent dans les têtes. Cinq ans déjà !

 

Collectif musicalRencontre avec Ouissem

En janvier, dans notre local, se tournait le récit de vie de Naïma, une jeune femme devenue non voyante en pleine adolescence. En février, le montage  se termine. Ce récit d’une femme « anonyme exemplaire » sera présenté aux lycéens de Rabelais le lundi 18 mars en présence des étudiantes qui ont accompagné cette réalisation et de Naïma en chair et en os.  En avril, les lycéens s’attèleront à l’écriture et à la composition d’une chanson inspirée du récit et de leur rencontre avec Naïma… 

L’atelier hors école ( voir le texte d'une jeune qui découvre l'atelier) est maintenant sur les rails. Depuis octobre, les jeunes  ont déjà écrit et composé une chanson sur un thème libre. Dans le studio du responsable musique, installé en résidence à Mains d’œuvres, ils ont enregistré une maquette de leur titre. Ces jeunes-là, âgés de 15 à 20 ans,  ont une belle maturité. Et les intervenants, époustouflés par leur volonté, leur curiosité, leur talent, les incitent à aller loin.

En janvier, ils entament leur deuxième chanson en s’inspirant du récit de vie de Ouissem (voir le texte sur le tournage de ce récit). L’atelier hors école est un joyeux mélange : les uns habitent à Pantin et ont déjà constitué un groupe de rap, les autres viennent de la Goutte d’Or et de la Porte de Clignancourt, les autres de Saint-Ouen.

La première séance de l’année 2013 est consacrée à la projection du récit dans la salle de cinéma de Mains d’oeuvres à Saint-Ouen. Les premières réactions sont sceptiques : « Mais il n’est pas comme nous, il a plein de diplômes ! … Mais on dirait qu’il n’a pas fait de crise d’adolescence ! »

Puis, deux ateliers plus tard, une fois les premières idées lancées sur papier, Ouissem vient rencontrer le groupe. L’échange se prolonge  deux heures durant. Les jeunes se posent des questions sur la double culture, sur la réussite… Ils lui confient leur propre vie. Chacun - les jeunes aussi bien que Ouissem-  en sort bousculé, nourri, enrichi… ( lire le texte du musicien, celui de Ouissem

Le récit de Ouissem avait été projeté aux collégiens de Clemenceau en décembre. Deux regards, deux interprétations d’une même histoire. Les chansons sont bien parties pour être très différentes… Certes, les élèves de 4e sont plus jeunes que les autres, mais ils ne manquent pas d’inventivité et d’énergie !

Les couplets sont bientôt bouclés, la composition fignolée, l’histoire du clip bien entamée, et les acteurs ont déjà été choisis parmi les élèves ;  le tournage du clip approche ( ire le texte d'un intervenant et voir l’album I et l'album J…)

Mains d’œuvres s’investit beaucoup cette année dans ce projet Récits de vie.  Grâce à ce partenariat, en février,  un autre atelier « récit de vie et création musicale » a pu voir le jour avec un groupe de jeunes de Villeneuve La Garenne, encadré par des éducateurs spécialisés. Lorsque ces jeunes-là  visitent Mains d’œuvres, ils sont tout excités. Ils découvrent le monde du hip hop de l’intérieur, le studio, la scène … ils s’y voient déjà ! Ce groupe écrit en s’inspirant du récit de Mehdi. Tourné en 2009 (voir dans les archives « le récit de Medhi »), ce récit  fut l’inspiration de l’un des tout premiers ateliers. Quelle joie de faire revivre ce portrait, quel plaisir de retrouver Medhi dialoguant avec les jeunes ! Il n’a rien oublié de ses combats passés à imposer avec ses camarades d’usine sa dignité d’ouvrier !  Les jeunes ont les yeux écarquillés et Mehdi les yeux humides…

Un autre atelier est en train de se mettre en route avec des résidents dans un foyer de jeunes travailleurs à la Porte des Poissonniers. Ils ont 20 ans et plus. Ils écriront à partir  du récit de Ouissem… Et ce sera encore une autre chanson ! La dernière création musicale de l’année 2013 ! En mai, juin, vous serez invités à venir découvrir les créations des différents groupes de jeunes sur les scènes du centre musical Barbara FGO et Mains d’œuvres.

 

Collectif photographique

les photographes sur le chantier

En ce début d’année, la manipulation des appareils photo n’a plus beaucoup de secrets pour les apprentis photographes. Et la plupart d’entre eux ont su créer leurs liens avec les habitants de la tour. Quant à nos voisins c’est avec de plus en plus de plaisir qu’ils poussent la porte de notre studio. Comme cette habitante, originaire de Côte d’Ivoire qui vient ce samedi-là avec trois tenues différentes de son pays sous le bras et qui, une heure et demie durant, change de robe, prend la pose sous nos projecteurs, s’amuse devant l’objectif de deux apprentis dirigés par une photographe professionnelle. Jamais nous n’aurions pu imaginer que le studio avec ses projecteurs deviendrait ce formidable outil de lien social ! Quand un apprenti photographie un habitant en studio, c’est généralement cet apprenti-là qui ira chez cet habitant-là le photographier dans son environnement.

Nous ne sommes jamais plus de trois quand nous sonnons à la porte des habitants qui nous reçoivent comme des rois : café, thé, jus de fruits, gâteaux au chocolat, la séance photo commence toujours par le cérémonial du goûter, un temps propice au dialogue mais aussi utile à apprécier la qualité de la lumière des lieux. Pas question d’apporter avec soi des projecteurs, seul le réflecteur est autorisé. Sous l’œil curieux de nos hôtes, sous le regard attentif du professionnel, les apprentis apprennent  à exploiter la lumière naturelle d’une pièce ! bien plus complexe  qu’il n’y paraît ! ( voir album K)

 Photographier les habitants chez eux c’est avant tout les écouter (lire texte « visite chez deux habitants »). Se racontant,  certains imposent le cadre de la photographie : assis à cette table, avec ce cadran solaire en arrière-plan, cette photo-là, il la veut ! D’autres se laissent guider.

Nous retournons plusieurs fois chez les mêmes personnes. La première fois nous ne sortons pas toujours nos appareils. Par exemple, chez ce couple originaire d’Algérie, avec lequel nous avions déjà eu deux séances en studio. Nous sommes d’abord allés chez eux  juste pour le goûter et dialoguer. A notre deuxième passage, nous étions devenus de vieilles connaissances, nous avons commencé à les photographier dans leur salon. Voilà qu’ils nous conduisent dans leur chambre, prennent l’initiative des poses,  des cadrages … Avant de partir ils nous disent qu’une autre personne vit avec eux depuis des années, la tante du mari. Et nous demandent de revenir avec nos appareils photo… Un samedi de fin février nous retournons chez eux. La tante est là ; elle nous parle de sa fille en Australie et nous demande de photographier l’attente d’une mère les yeux rivés sur une photographie de sa fille, une main serrant un téléphone portable… Dans la cuisine nous photographions la complicité de ces deux femmes, préparant les petits plats préférés  de « leur » homme…

Si les habitants accaparent la majorité du temps des photographes, il s’en trouve toujours pour photographier l’évolution du chantier ainsi que  la tour « dans tous ses états » (la 3e thématique de l’atelier). Accompagnés par deux photographes passionnés de photographies urbaines, les apprentis explorent les coins et les recoins de la tour, montent et descendent les escaliers, trouvent des objets inattendus avec lesquels ils jouent devant l’objectif. Sur le chantier, en cette fin de février, ils apprennent à s’amuser avec les jeux de reflets que leur propose la pose des immenses baies vitrées de la future bibliothèque …

Le matériel stocké est impressionnant ;  les séances de tri ont commencé ; elles dureront tout le mois de mars. Puis viendra le temps de l’apprentissage du logiciel Photoshop, de la sélection de plus en plus draconienne, de la conception des deux expositions…

 

 

 

Rédigé par La Sierra Prod

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