Au printemps, c’est la cavalcade à la Sierra Prod

Publié le 17 Juin 2013

Ateliers, projections, concerts, écriture, tournages, tout s’enchaîne. Nous ne trouvons pas une seconde pour en témoigner sur le blog. Aujourd’hui, on se pose. Et nous prenons plaisir à nous souvenir des temps forts qui ont marqué ces trois derniers mois…

 

repetition en atelierLe collectif musical

Les semaines d’avril et de mai sont chargées. Trois musiciens et deux vidéastes accompagnent quatre groupes dans la dernière ligne droite : tournage du clip, répétitions, enregistrements, avec en prime cette année l’interprétation scénique. Les jeunes défilent dans les studios du centre FGO-Barbara (18e) et de Mains-d'Oeuvres (Saint-Ouen). Certains privilégiés – le groupe hors école – répètent sur scène à Mains d’œuvres, histoire de préparer leur placement et leur attitude face à un public pour le moment imaginaire… l’adrénaline monte. Les jeunes déploient une énergie, une joie de vivre qui les rassemblent dans un bel esprit solidaire. Ils nous transportent. Le groupe hors école réunit une quinzaine de jeunes vivant dans le 18e, à Saint-Ouen ou à Pantin. Au fil des séances d’écriture et de composition, puis dans les studios, ils ont créé des amitiés, se sont soutenus les uns les autres. Il se dégage de ce groupe une émulation créatrice étonnante. Avant les concerts des restitutions, ils se donnent leur nom de scène : « Universal Flow » ! (voir album M, et lire le texte d'un membre du groupe qui suit les ateliers depuis trois ans)

L’esprit collectif des 21 collégiens de Clemenceau nous époustoufle. Que ce soient les rappeurs, les compositeurs ou les cinéastes, en tournage ou en répétition, leur présence et leur motivation sans faille sont jubilatoires (voir album O). Un souvenir parmi d'autres : pendant le tournage du clip, les élèves se déguisent pour jouer la famille de Ouissem (le personnage du récit de vie) dans la tradition tunisienne… les apprentis réalisateurs et comédiens tournent cette scène de fiction avec brio, même si des fous rires viennent troubler la concentration. (voir album N)

En avril, six jours d’affilée, le centre d’animation Binet met à notre disposition trois salles (merci Christine !). Les 22 lycéennes de Rabelais se répartissent en trois groupes (écriture, compo, beatbox) et c’est parti ! Au préalable, elles ont visionné le récit de Naïma et l’ont rencontrée en chair et en os (voir album L)

Les étudiantes en travail social de Rabelais avec lesquelles en amont nous avons réalisé le récit de vie,  source d’inspiration des lycéennes, avaient émis l’idée de s’intéresser au combat d’une personne en situation de handicap physique. Nos repérages nous ont conduits à Naïma, une femme déterminée, fière et sensible qui a perdu progressivement la vue entre 13 et 17 ans. Une rencontre inoubliable, un récit de vie dont la force désarçonne d’abord les lycéennes, nous diront-elles après coup. La semaine de création tombe sur une période d'examens, les lycéennes sont stressées. Mais à chaque jour qui passe elles prennent du plaisir. Plus la chanson se crée, plus la joie de participer à cet atelier se manifeste. Toutes possèdent une certaine aisance musicale et rythmique. L’ossature de la chanson est  vite trouvée. Le dernier jour de création, les lycéennes s'emparent des micros du studio du centre FGO-Barbara avec une excitation difficile à canaliser ! (voir album P)

Pendant ce temps-là, les mardis soirs, le trio de Villeneuve-la-Garenne se retrouve dans le studio de Victor à Mains-d'œuvres. Ils doivent boucler leur chanson inspirée du combat de Mehdi pour asseoir sa dignité d’ouvrier (le tout premier récit de vie réalisé par l'association en 2009). Les ados de Villeneuve ont été marqués par l'échange avec Mehdi après la projection, par le récit de son émotion lorsqu'il a écouté les jeunes interpréter une chanson sur sa vie. Pendant les trois mois de création, pour ces trois adolescents de 13/14 ans, il est parfois difficile d'être régulier, d'être concentré. Mais la chanson se construit. Les jeunes parviennent à l'enregistrer avant la restitution.

Les années passées, nous organisions une seule soirée de restitution. Cette fois-ci nous en avons organisé deux dans chacun des lieux partenaires : l'une à FGO-Barbara, l'autre à Mains-d’œuvres. Avec les équipes des deux centres musicaux, nous décidons d'inviter d'autres associations des quartiers voisins à venir partager la scène.

Évidemment, ce fut deux fois plus de travail de préparation, de coordination, de communication… Mais pour tant d'émotion, de joie de vivre ! Deux dates programmées, c’est comme si les jeunes commençaient une tournée...

universal flowPremière soirée, le samedi 25 mai sur la scène de FGO-Barbara. Tous les groupes se rassemblent pour les derniers réglages et croisent les jeunes venus des autres associations. Pendant les balances, chacun se dévisage, scrute le « flow » des autres. La pression monte, il va falloir tout donner ce soir… Le public, toujours aussi nombreux, est peut-être plus éclectique que les autres années. Naïma et Ouissem, nos « héros ordinaires », montent sur scène pour introduire la soirée, partager leur joie d’avoir participé à cette aventure. L'émotion est palpable. Clemenceau ouvre le bal. Les collégiens donnent tout et le public le leur rend bien. Les applaudissements, les cris d'encouragement fusent. Les lycéennes de Rabelais séduisent par leur chant et leur beatbox… C’est étonnant comme elles sont à l’aise sur scène ! Puis c’est le tour d'Universal Flow, le groupe hors école déborde d'énergie, interprète ses quatre chansons avec une scénographie bien ficelée. Le public est scotché. Sur grand écran le clip réalisé par le groupe vidéo du collège Clemenceau clôt la représentation. Malgré des problèmes techniques de projection, les scènes de fiction font fureur. Autour du buffet, le public s’attarde, chaleureux, ému. Les jeunes ont dégagé une telle joie de vivre ! Le proviseur de Rabelais nous glisse : « Je suis bluffé ». Malheureusement, ce soir-là, ceux de Villeneuve manquent à l’appel. Pas encore prêts pour monter sur scène… Mais il y a la restitution de Mains-d’œuvres deux semaines plus tard pour se rattraper, Mehdi sera là pour les applaudir… (voir album Q)

Deuxième soirée, le samedi 8 juin à Mains-d’œuvres. Loges et petit buffet privés pour tous les jeunes… ça y est, ils se prennent pour des stars ! Dans la salle de restauration, un grand buffet accueille le public. Des parents, des professeurs, des partenaires, des amis, beaucoup de jeunes de Paris et de Seine-Saint-Denis : un joyeux brouhaha. Rabelais et Universal Flow montent sur scène pour le premier round… Clemenceau et Villeneuve doivent attendre l'open mic ouvert à 21 heures Pour les collégiens, l'heure est trop tardive, ils ne pourront pas venir malgré leur motivation. Mais leur clip est projeté, les représente. Quelle surprise d'entendre les filles de Rabelais reprendre en cœur le refrain de Clemenceau pendant la projection ! Voilà des moments de cohésion qui participent à la réussite de ce projet. Vient l'heure de passage des jeunes de Villeneuve-la-Garenne pour interpréter leur chanson sur la vie de Mehdi. Du trio, seul le petit Youssef (13 ans) a su trouver suffisamment de confiance en lui pour venir sur scène : Mehdi l'encourage comme s'il était son père. Youssef interprète la chanson en entier, connaît par cœur tous les couplets écrits par ses camarades. La salle en joie reprend le refrain. Depuis cinq ans que ce projet se réalise, ce moment-là est sans doute l'un des plus émouvants ! Dans le public, discrètement, on essuie des larmes… (voir album R, et lire la réaction de Mehdi).


Lisez les textes des chansons écrites et composées par les différents groupes:

"Notre différence, notre fierté" par les collégiens de Clemenceau

"Soleil en vue" par les lycéennes de Rabelais

"On veut plus d'ça" par l'atelier Villeneuve

"Plus on avance" par Universal Flow (atelier hors école)

"Tête en l'air les pieds sur terre" Part 1et 2 par Universal Flow 

 

clap 2 2013Le collectif audiovisuel

 Se souvenir aujourd’hui des temps forts de ce collectif, c’est commencer par un grand saut en arrière… jeudi 28 mars : projection du 4e chapitre du « Temps du chantier, des mémoires en construction ». Comme à chaque fois, le stress gagne l'équipe. Quinze minutes avant la projection presque personne dans la salle ! Il est 20 heures, on doit commencer ! Voilà enfin le public qui arrive !En dix minutes la salle est comble ! Les retardataires doivent s'asseoir par terre, sur des tatamis. Malgré « Hollande à la télévision » certains élus ont fait le déplacement ! Merci à eux. Avant de lancer le film, nous remercions Christine de nous accueillir pour la 4e année dans son beau gymnase bientôt détruit. L’année prochaine, où réunir autant de monde dans le futur quartier ? La photographie de la salle est magnifique, tant elle réunit des visages différents : les habitants de tout le quartier et d’au-delà, les jeunes, les vieux, les familles… les associations, les équipements publics, les écoles, les commerçants, les biffins, les curieux… Il nous semble apercevoir beaucoup plus de jeunes visages que les autres années. Les avis sur le film sont divers : la plupart des habitants considèrent que ce 4e chapitre est le meilleur de la saga, au plus près de ce que fut leur quotidien en 2012. D'autres reconnaissent la qualité du projet social, mais trouvent justement que le film colle trop à la réalité et lui reprochent des longueurs. Par contre, tout le monde s'accorde sur le buffet libanais : délicieux et copieux !

Dès la semaine suivante, nous sommes d'attaque pour le 5e chapitre, déterminés à tirer les leçons de ce 4e film. Le collectif s'est agrandi de nouvelles forces : trois jeunes filles désirent participer à la réalisation, trois jeunes hommes veulent se perfectionner dans la technique du son… Autant de regards neufs pour approfondir la structure du prochain film. Mais le danger reste le même : il faut trouver le moyen pour que tous ces regards se fondent en un seul, celui du collectif ! L’unité du film en dépend. Si l’année 2012 fut sans doute bien difficile à vivre pour les habitants de la tour tant les palissades envahissaient leur espace, au printemps 2013 la plupart retrouvent le sourire. Leur avenue, bordée d’un large trottoir, est dégagée. Ils déambulent sans gêne aucune. Et surtout, en ce mois de juin, ils ont tous visité leur futur appartement. Beaucoup sont soulagés. Ils ne s’attendaient pas à ça ! Presque tous vont occuper un 3 pièces et ces appartements-là sont bien conçus (rien à voir avec l’appartement témoin et ses 5 pièces si biscornues qu’on leur a fait visiter en 2012 !). Mais comme on ne se débarrasse pas facilement d’une angoisse qui vous habite depuis tant d’années – depuis 2006, quand on leur a annoncé la démolition de leur tour –, ils ont trouvé une autre source pour alimenter leur peur : LES CARTONS. Il faut faire ses cartons. On a beau leur répéter « vous avez le temps ». Certains n’en dorment plus. Et beaucoup vivent déjà dans les cartons. Il faut avouer que l’information n’est pas toujours au rendez-vous : fin mars, on leur disait « début juillet » ; mi-juin on leur dit « septembre »… (voir l'album T)

tournage chantierCes moments du chantier, où tout se finit mais où rien n’est encore fini, sont perturbants. Les bibliothécaires en savent quelque chose ! On leur annonce soudain quatre petites semaines de retard dans la remise des clefs de la nouvelle bibliothèque. Ce ne serait pas grand-chose si l’équipe pouvait demeurer dans ses locaux actuels. Mais ce n’est pas le cas. La bibliothèque provisoire se situe sur le tracé de la future voie nouvelle. Sa démolition est imminente. Les bibliothécaires doivent impérativement vider les lieux, mettre les livres en garde-meuble, trouver refuge ailleurs. L’équipe revient quatre semaines plus tard, aménager les nouveaux lieux en compagnie d’ouvriers travaillant sur les dernières finitions. C’est assez étonnant cette liberté que prend le chantier de faire attendre, tout en refusant, lui, d’attendre. Ces moments où le chantier impose sa loi seront une thématique du 5e film. Pas facile à comprendre ! Et l’on retrouve cette même problématique avec le chantier de l’école maternelle. Dans notre 3e film, l’urbaniste nous disait que la vieille école sera démolie quand la nouvelle sera construite. Le temps du chantier impose le contraire. à partir du 10 juillet, l’équipe de l’école doit quitter les lieux. En septembre la rentrée se fera dans une école du 19e. L’école doit être démolie. Elle aussi se trouve sur le tracé de la voie nouvelle… Mais l’urbaniste devait bien le savoir ! Nous venons juste d’approcher avec notre caméra ce chantier de l’école maternelle. C’est fin juin début juillet que nous allons l’explorer. Ce que tout le monde peut voir c’est qu’il s’étale sur l’espace public, prend ses aises sur le mail Binet. Du balcon de notre local que nous allons bientôt quitter, nous observons cette fourmilière qui s'étend jusqu'à Colonel-Dax. Ce petit bout de Paris n'en est pas à son dernier coup de pelle et les images de cinq années de chantier se superposent dans notre souvenir. Au fil du temps, cette mémoire collective que nous explorons avec nos films intéresse de plus en plus de gens au-delà du quartier. Nous sommes sollicités pour en témoigner (par exemple, au CNC, au Printemps de la mémoire). Des sociologues, des étudiants en sciences politiques viennent dans notre local questionner notre expérience. La semaine prochaine, un groupe venu d’Australie annonce sa visite !

   

atelier photoLe collectif photographique

Raconter le printemps de nos photographes, c’est d’abord se souvenir de la dernière séance de prises de vue dans notre studio installé au 8e étage. Après cette séance on va ranger les fonds, plier les lumières, se consacrer de toute urgence à la sélection des clichés, au travail de retouche, à la préparation des deux expositions dont l’une – habiller la façade de la tour de portraits géants tirés sur bâche – doit avoir lieu dès que tous les habitants auront emménagé dans leurs nouveaux appartements juste à côté (fin septembre début octobre).

Ce samedi 30 mars, deux couples ont pris rendez-vous. Ils sont les derniers modèles en studio de notre projet « Les gens de la tour ». Ils connaissent bien les deux jeunes apprentis photographes qui les reçoivent. L’ambiance est à la confiance, à la bonne humeur. Devant l’objectif, sous la lumière des projecteurs, les locataires jouent à prendre différentes poses ; ils se regardent amoureusement ou bien boudent en se tournant le dos. Leur assurance n’a d’égale que celle des deux jeunes qui les photographient. Au bout de deux ans d’apprentissage, utiliser les ombres ne leur fait plus peur. Libérés de la technique ils se font inventifs, s’amusent avec la lumière artificielle. À coup sûr, un ou deux clichés de cette séance feront partie de la sélection… Pendant ce temps-là, cinq autres locataires ont pris rendez-vous avec une autre équipe du collectif pour une dernière séance en plein air. Dans la cour de l’immeuble, à sa fenêtre au premier étage, et même beaucoup plus loin, jusqu’au parc le long du mail Binet, on veut se faire photographier, les apprentis sont ravis. Chacun sait qu’après cette séance, il n’y aura plus de prises de vue (du moins pour la réalisation des « Gens de la tour » ; au sein du collectif un autre projet photographique se dessine). Soudain une bourrasque ; les cheveux tourbillonnent, les capuches ne tiennent pas en place… Les photographes et les locataires du 32 s’amusent avec le vent. Les derniers clichés sont dans la boîte.

Au mois d’avril, la sélection des clichés est lancée : une longue étape bourrée d’embûches. Le collectif doit trancher. Mais le collectif ce sont des individus avec chacun sa sensibilité. Comment faire pour que toutes ces sensibilités s’accordent ? Il faudra bien y arriver. La qualité des expositions est à ce prix.

Depuis trois ans les clichés s’amoncellent. Bien sûr, après chaque séance d’apprentissage, les photos sont analysées et celles qui sont mal cadrées, floues ou dont le sujet présente un intérêt limité par rapport au projet ont été éliminées ; à la fin de chaque année, une première sélection a été réalisée. Mais il en reste des centaines classées dans 5 dossiers : studio, chantier, photos en appartement, portraits d’ouvriers, la tour dans tous ses états (les thématiques des deux expositions en préparation). Sans compter les clichés des making off (qui montrent les photographes en action, la matière d’un fascicule en préparation). À la fin de la sélection, chaque dossier devra comporter une trentaine de clichés, pas plus. Un choix cornélien qui donne lieu à des séances mouvementées : « Pourquoi celle-ci et pas celle-là ? Celle-ci est mieux exposée… Ici l’expression du visage est plus attachante… La composition de celle-ci est plus esthétique… » Alors, pour se détendre, on alterne avec des séances de Photoshop : recadrer une photo, sélectionner un détail, rééquilibrer les couleurs ; ajouter un peu de volume au cliché sélectionné ; corriger une surexposition, adoucir une expression… Avec subtilité, il ne s’agit pas de « transformer » la prise de vue initiale mais de la mettre en valeur. Trois ordinateurs équipés du logiciel Photoshop sont installés dans le local. Par groupe de deux ou trois, toujours en compagnie d’un photographe professionnel, les apprentis découvrent les outils du logiciel. La technique Photoshop les fascine (voir album S). Ils peuvent rester trois heures durant devant l’écran. Encore quelques séances en juin et le logiciel aura livré tous ses secrets. À ce moment-là, la sélection des 22 portraits des gens de la tour sera faite, adoubée par les sujets photographiés. Les clichés auront été retravaillés et supporteront chacun sans aucune perte de qualité d’être tirés sur une bâche longue de 3,60 m, large de 2 m. La première exposition sera sur les rails. Parmi les jeunes photographes, certains participent avec une grande régularité au développement du collectif depuis bientôt quatre ans. Ils sont devenus de jeunes adultes qui s'intéressent aussi aux coulisses de l'association, à sa gestion, à son fonctionnement administratif. Ils ont adhéré, participent aux assemblées générales. Deux d’entre eux qui ont grandi dans ce quartier Binet ont rejoint notre CA.

 

 

Rédigé par La Sierra Prod

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article