Le temps du chantier. Des mémoires en construction. De janvier à juillet 2009.

Publié le 10 Août 2009

Pendant les mois de janvier et de février, dans l’attente du chantier, nous filmons le quartier "déjà là", interrogeant l’attente des gens. Nous nous attardons sur le terrain de boules, photographiant les joueurs, écoutant leur nostalgie de ce présent déjà passé.

Le 5 mars survient. Face aux boulistes, de l’autre côté de l’avenue, des ouvriers dressent les premières palissades, isolent un espace vert habité par de vieux arbres. C’est le début du temps du chantier, le début des travaux de la nouvelle crèche. Des habitants racontent leur tristesse de perdre leur seul "oasis de verdure", juste là, au pied de Gérard de Nerval, leur immeuble.

Mais le chantier prend soin des vieux arbres. En avril-mai, les mois des fondations, c’est autour des arbres que la géographie des lieux se dessine. Les ouvriers parlent d’une "construction en œuf". Les habitants se font du souci pour les racines. Pour tous, le grand défi du chantier de la crèche, c’est l’avenir des arbres.

Début juin, le chantier s’emballe. Il faut habiter là pour ne rater aucune étape. Sur place, nous avons nos relais. Une habitante, de la fenêtre de sa cuisine au 6e étage, s’attarde sur le chantier immergé dans le quartier; un habitant, de son salon au 8e, scrute le chantier dans tous ses états.

Fin juin, des murs se montent à grande vitesse. Cette maman ne peut plus douter de la réalité de la nouvelle crèche ! En face, de l’autre côté de l’avenue, les boulistes nous invitent à leur "dernier repas sur leur terrain". À la bibliothèque, l’heure des cartons est programmée pour octobre. Seuls, "les gens du 32" – comme on appelle sur le quartier les habitants de la tour qui doit être démolie – disent encore : "C’est sûrement pas pour demain."

Début juillet, tandis que nous tournons sous une chaleur écrasante, un habitant nous accompagne. Il a toujours été curieux de nos métiers. Aujourd’hui qu’il est à la retraite, il a du temps pour apprendre, dit-il. Simple curiosité ou vrai désir ? On le saura avec le temps.

* Photographies, tous droits réservés : collectif Sierra Prod (Florence Brochoire (www.florencebrochoire.com), Helios Figuerola (www.horsigne.com), Léo Ridet (www.leoridet.fr), Léa Minod, Marie-Hélène Lemaire, Cédric Piktorof) ; habitants (Jacky Bartoli, Meriem Lahcene).

Rédigé par La Sierra Prod

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L'Hippocampe associé 26/09/2009 09:39


L'Hippocampe se félicite de notre lien. Une passerelle 18°- 20°à explorer un jour, des échanges de compétences, des projets, pourquoi pas...Pour l'heure merci, et à bientôt !


lahcene meriem 18/09/2009 22:48

Ce vendredi matin, à 8 heures je suis réveillée au son d'une grosse perceuse. Le bruit qu'elle fait est tellement important que je crois un instant que le mur va exploser. Ce sont ces travaux qui n'en finissent pas. Imaginez-vous des échafaudages qui ont tissé le toile de fer sur la facade de notre immeuble. Je suis obligée de fermer les volets et je me retrouve dans l'obscurité; çà m'angoisse... Dehors, notre paysage est métamorphosé: les arbres empoussiérés ont une silhouette triste, il y a beaucoup plus de bruit que d'habitude (avec la construction de la crêche en bas). J'étais dans ma cuisine entrain de préparer des gâteaux, lorsque j'aperçois, à quelques mètres de moi, des ouvriers dans leur échafaudage. Ils repeignaient la facade. Nous discutons un peu et je me risque à leur poser une question qui me taraude, cette interrogation qui revient de plus en plus souvent dans ma tête: "Et les travaux ? Ca se termine quand ?".
Ahmed, un malien que j'ai déjà croisé, me dit: "Ah madame... Dans une semaine, oui une semaine..." Il esquisse un léger sourire, pas très convaincu par son affirmation.

Imaginez de rester les volets clos pendant une semaine... ! C'est vraiment pas drôle !

chantal marquer 12/09/2009 12:22

Impressions photographiques sur le devenir du quartier Binet … 31 Août 2009

Un peu plus de temps pour moi…. Un désir de m’impliquer dans la vie de mon quartier … une rencontre …. Joëlle …. Et, me voilà, sous un soleil resplendissant, le 31 août, avec mon appareil photo sur le chantier de la future crèche Binet.

Immersion totale dans un monde qui m’est totalement inconnu. Maladresse de débutante, je me retrouve dans le champ de la caméra … on me rappelle à l’ordre ….la photo est prise …. Ainsi peut-on voir « de face » toute l’équipe du tournage !

J’avoue que le béton, les poutrelles, les échafaudages ne sont pas mon sujet favori d’escapade photographique. Après quelques photos « académiques » de plans gris en aplat, je me laisse, peu à peu, envahir par la magie du lieu tout en devenir. Dans cette dynamique, je cherche la couleur. Je la trouve éparpillée en touches délicates, toute en contraste avec l’austérité du lieu.

Rencontre du bleu des yeux d’une habitante du quartier toute empreinte de douceur, du bleu lumineux du ciel, du jaune éclatant des casques des ouvriers, du jaune, bleu, rouge des gaines électriques émergeant de la rugosité du béton, du rouille chaud des treillages métalliques, du vert des arbres protégés par leur grand pot de fortune aux teintes chaudes, du noir d’une chaise oubliée se détachant sur le blanc en dégradé de gris d’un mur en finition, du reflet des feuilles des arbres habillant d’ombres chinoises l’emplacement d’une fenêtre ouverte sur nulle part …

Voilà ce j’ai vu ce jour là (album"impressions photographiques" d'une habitante du quartier) … je reviendrai …. Je reviendrai plus tard pour témoigner de cette transmutation du présent et un peu plus tard pour écouter le rire des enfants. Chantal MARQUER.